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L’Opéra national de Bordeaux Aquitaine a le privilège d’accueillir pour 3 dates jusqu’au 22 février l’une des plus brillantes compagnies contemporaines de danse, provenant de La Haye et qui fête cette année ses 60 ans. Mercredi dernier,  » Nederlands Dans Theater  » dirigé depuis 2011 par Paul Lightfoot, a offert une prestation chorégraphique de 2 heures d’une rare intensité, fidèle à son esthétique avant-gardiste qui a su s’imposer audacieusement sur la scène internationale.

Le rite pulsionnel du corps aux confins du vertige : 3 histoires de ‘non-dit’ magnifié

Oeuvrant comme un relais du sensible, les corps deviennent ici un support vivant de symboles qu’ils théâtralisent : par le geste, le mouvement, la posture et le sens, l’affect a été sollicité au plus haut niveau. Le spectacle débute sur un premier tableau à couper le souffle avec la pièce pour 5 danseurs  » Shoot the Moon «  créée en 2006

Shoot The Moon - Nederlands Dans Theater au Grand Théâtre de Bordeaux le 20 février 2019 - Photo ©  ®Rahi Rezvani

Shoot The Moon – Nederlands Dans Theater au Grand Théâtre de Bordeaux le 20 février 2019 – Photo © ®Rahi Rezvani

par Sol Léon et Paul Lightfoot (oeuvrant ensemble depuis 1989 et ayant chorégraphié plus de 50 œuvres au cours de cette période). D’emblée, on se laisse happer par les sonorités douces et lancinantes de ce fabuleux mouvement II du  » Tirol Concerto pour piano et orchestre  » de Philip Glass qui exalte les tréfonds de l’être en vagues successives d’envolées romantiques. On pourrait s’imaginer sur une lande battue par les vents face à un océan déchaîné mais on plonge ici dans un huit-clos de murs tournants habillés de papier peint noir et blanc dont on a le sentiment qu’ils peuvent vous absorber à tout moment créant trois salles séparées, chacune contenant sa propre histoire d’amour. La porte de l’autre pièce semble toujours être ouverte et un nouveau monde se fantasme à travers la fenêtre. Désirs et frustrations sont magistralement suggérés par la gestuelle fluide, rapide et incisive des danseurs  quand les corps se cherchent et se repoussent en intensité démultipliée grâce aux reflets des écrans vidéos en direct. Après un court entracte, une toile de fond, riche d’un dégradé de jaunes, rouges et orangés se révèle tel un soleil levant, sur l’aube d’une humanité en quête, pour accueillir la chorégraphie  » Partita for 8 dancers  » de Crystal Pite, talentueuse jeune canadienne inspirée ici par l’artiste conceptuel minimaliste Sol Lewitt. Commencent à résonner alors les chansons a capella de Caroline Shaw, à la fois belles, étranges et interpellantes. Des voix décrivent différents motifs géométriques et les couleurs se répercutent sur les fluides costumes des 8 danseurs qui apparaissent en cercle. Au fil des instructions, les corps tombent, se croisent, se retournent et sculptent l’espace avec une intensité croissante au rythme des grognements, des soupirs et autres chants médiévaux. Les tentatives d’échappatoires individualistes plient sous le confort du groupe. Le dessin de la palette des sentiments s’achève comme il débute et le cercle de la continuité de la vie est reformé. Au 3 ème tableau avec  » Stop-Motion for Saura  » on atteint les sommets de l’esthétique grave et épurée. Sur les 1er accords mélancoliques

Partita for 8 Dancers - Nederlands Dans Theater au Grand Théâtre de Bordeaux le 20 février 2019 - Photo ©Rahi Rezvani

Partita for 8 Dancers – Nederlands Dans Theater au Grand Théâtre de Bordeaux le 20 février 2019 – Photo ©Rahi Rezvani

des sublimes créations du musicien et compositeur germano-britannique Max Richter, un écran vidéo laisse apparaître la silhouette d’une jeune femme (qui n’est autre que Saura, fille de Sol Léon et Paul Light), figure éthérée qui distille ses larmes de cristal vêtue d’une robe noire sublime aux accents gothiques. Telle une géante représentation baroque de maître flamand, elle flotte au dessus des 7 danseurs qui nous offrent un poème visuel rarement égalé incarnant la fragilité, la destruction et le temps qui passe inéluctablement. Sur un tapis de poussière, sous le sablier du temps qui réduit en cendre, les figures fantomatiques se meuvent sur la scène caverneuse, de frénésie corporelle en rupture de rythme, ils incarnent cette renaissance dans la peine, ce mouvement perpétuel explorant ainsi toutes les possibilités du cri gestuel pour nous laisser au final en apnée. 

On ne ressort pas intact d’une telle expérience. quand l’excellence se met au service de l’intensité émotionnelle. La plongée des sens est abyssale. Le public ne s’y est pas trompé. Toute la salle était debout et l’ovation fut proportionnelle à la qualité de la prestation.

Nederlands Dans Theater

Prochaine date de représentation : vendredi 22 février 2019 à 20h00

Grand théâtre – Place de la Comédie, 33000 Bordeaux
Tel : o5 57 78 41 19
https://www.opera-bordeaux.com/
 

 

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