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La mémoire qui planche : la recherche se penche sur nos souvenirs

De gauche à droite : Robert Jaffard, Jean-François Dartigues, Francis Eustache - Photo © Stéphan Foltier pour KULTE
De gauche à droite : Robert Jaffard, Jean-François Dartigues, Francis Eustache - Photo © Stéphan Foltier pour KULTE
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Mardi dernier à Bordeaux, les neurosciences ont fait salle comble. Accueillis par la librairie Mollat à la Station Ausone dans le cadre des conférences grand public organisées par le pôle de recherche Bordeaux Neurocampus, 3 conférenciers interrogeaient la notion de mémoire.

La mémoire dans tous ses états, son organisation, ses fonctions, ses défaillances : tels étaient les thèmes abordés par Robert Jaffard et Jean-François Dartigues, professeurs à l’université de Bordeaux, et par Francis Eustache, professeur à l’université de Caen. Une heure durant, ce trio de chercheurs confirmés a fait le point sur les connaissances actuelles pour un public de curieux, d’étudiants arrivés calepin en main, d’auditeurs sensibilisés à ces questions par un accident ou l’expérience de la maladie. C’est que le sujet, pour technique qu’il soit, concerne tout un chacun et trouve des résonances au-delà des neurosciences et de la médecine.

De gauche à droite : Robert Jaffard, Jean-François Dartigues, Francis Eustache - Photo © Stéphan Foltier pour KULTE
De gauche à droite : Robert Jaffard, Jean-François Dartigues, Francis Eustache – Photo © Stéphan Foltier pour KULTE

Notre cerveau contient-il un disque dur ?

Robert Jaffard, spécialiste de l’organisation de la mémoire, est aussi chauffeur de salle. Il propose quelques tests à l’assistance : retenir une liste de mots, associer deux images apparues côte à côte ou séparément, classer des nombres dispersés sur l’écran. D’apparence anodine, ces exercices mettent en évidence la complexité des opérations mentales et la dynamique à l’œuvre, par exemple lorsque des informations connues sont mobilisées pour accéder par inférence à une information inédite. Le chercheur souligne également le caractère falsifiable de la mémoire. Un sujet manipulé peut adhérer à de faux souvenirs – anecdotes imaginaires, détails fantaisistes – au point de se convaincre qu’ils font partie de son passé. Loin d’être figés, les souvenirs sont donc susceptibles d’être réorganisés. À ce stade, la métaphore informatique montre ses limites. La mémoire humaine n’est pas un disque dur, pas un simple espace de stockage rempli d’expériences, de savoirs classés comme des fichiers pour toujours identiques à eux-mêmes. Au contraire, elle fonctionne à condition de rester «  dynamique et flexible «  dit Robert Jaffard, car elle n’est pas «  un enregistrement mais une reconstruction de l’expérience « .

La mémoire, les mémoires

Quelques publications de Francis Eustache - Photo © Stéphan Fotlier pour KULTE
Quelques publications de Francis Eustache – Photo © Stéphan Foltier pour KULTE

Cette dynamique mnésique requiert le fonctionnement conjoint de différentes mémoires spécialisées. Francis Eustache, chercheur et praticien, s’attarde sur la mémoire épisodique – celle des souvenirs proprement dits –, suggérant qu’elle n’est pas moins tournée vers le passé que vers l’avenir. Il observe qu’on ne saurait se projeter dans ce dernier sans prendre appui sur les souvenirs. À cet égard, la mémoire épisodique est «  une mémoire du futur « , le soubassement de nos prises de décision et de la planification de nos actes. Dès lors, il faut la concevoir comme  » le support du libre arbitre « . Francis Eustache évoque également la mémoire des groupes, soulignant que nos savoirs sont des constructions sociales, que nul n’apprend sans les autres et qu’on ne peut longtemps étudier la mémoire individuelle sans se demander dans quelle mesure elle s’articule, ou échoue à s’articuler, à la mémoire collective. S’interroger sur la mémoire, c’est donc aussi appréhender l’individu dans sa dimension sociale.

 » La mémoire qui flanche « 

Justement, Jean-François Dartigues, spécialiste des maladies neurodégénératives, insiste sur le rôle du lien dans le maintien des fonctions mnésiques. Et il arrive avec une bonne nouvelle : à tranche d’âge égal, le nombre de malades d’Alzheimer a chuté de 20 % en dix ans, et même de 40 % dans des populations à risque telles que celles exposées aux pesticides. Les raisons de ce «  triomphe non programmé «  sont mal connues. L’amélioration de la santé vasculaire et la hausse du niveau moyen d’études (c’est-à-dire, les occasions de fournir au cerveau des activités stimulantes) l’expliquent à 60 %. Pour le reste, Jean-François Dartigues avance que la routine et l’isolement sont des narcotiques de la mémoire. Pour que celle-ci vieillisse dans les meilleures conditions, il faut oublier la gymnastique cérébrale dont le seul bénéfice est encaissé par les marchands. «  Rien ne vaut la relation avec le nouveau, l’imprévu «  : multiplier les contacts avec des personnes différentes, faire des expériences inédites stimule la mémoire et augmente les chances de maintenir ses fonctions. Affirmer l’importance du lien social, c’est dire aussi  » le rôle de la cité dans le vieillissement «  or, regrette Jean-François Dartigues,  » notre société ne s’est pas organisée pour lutter contre la désocialisation « .

Le public de la Station Ausone - Photo ©  O. G.  pour KULTE
Le public de la Station Ausone – Photo © O. G. pour KULTE

Les neurosciences ont donc renouvelé la notion de mémoire, désormais conçue comme une faculté dynamique et plurielle. Au-delà du laboratoire, elles ménagent des ouvertures vers d’autres domaines. Les faux souvenirs questionnent l’usage judiciaire du témoignage. La relation entre mémoire et libre arbitre débouche sur une réflexion éthique. La nécessité de créer du lien social au bénéfice des malades ressortit au politique. Voire, quand la recherche met en évidence chez des espèces animales des formes de mémoire supposées propres à la nôtre, c’est la définition même de l’humain que les neurosciences renouvellent.

Informations pratiques

Station Ausone
8, rue de la Vieille Tour
33000 Bordeaux
Prochains événements programmés par Station Ausone : https://www.station-ausone.com/

Bordeaux Neurocampus
146, rue Léo Saignat
33076 Bordeaux cedex
http://www.bordeaux-neurocampus.fr/fr/index.html

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Il n'y pas d'art sans amour, il n'y a pas d'amour sans art. La culture est à la fois ce qui nous rapproche et nous différencie, l'art en est une représentation qui nous rassemble ou nous divise, qui nous rejoint ou nous sépare. L'art et la culture sont des éléments de la vie qui nous font comprendre et aimer la vie, l'imaginer, la magnifier, la rêver.

Stéphan Foltier (2019)

Guide Artistes et Lieux culturels - Partie en ligne

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