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Vendredi dernier se jouait au Grand Théâtre de Bordeaux, sous la baguette émérite de Marc Minkowski, la première du savoureux et truculent opéra-bouffe italien en 2 actes  » Le Barbier de Séville  » , certainement le plus connu du compositeur Gioachino Rossini (1792-1868). Cette nouvelle production créée au Théâtre des Champs-Elysées le 5 décembre 2017 est présentée ici en coproduction avec l’Opéra National de Bordeaux, l’Opéra de Marseille, les Théâtres de la Ville de Luxembourg, le Stadtthater Klagenfurt et l’Opéra de Tours pour 2h20 d’excellence lyrique.

Beaumarchais : l’insolence spirituelle aux accents de diatribe sociale

A l’origine,  » Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile  » est une pièce de théâtre française en 4 actes de Beaumarchais, jouée pour la première fois le 23 février 1775. La pièce ne se ramène pas à une comédie plaisante, elle prend souvent l’allure d’une satire féroce de la société du XVIIIème siècle. Avec son «  Barbier de Séville « , Beaumarchais renoue avec les traditions théâtrales, qui correspondent parfaitement aux attentes des lecteurs de l’époque. Ces derniers souhaitent à présent que la comédie soit, à la fois, divertissante :  » une pièce amusante et sans fatigue, une espèce d’imbroglio « , mais

Opéra Il Barbiere di Siviglia au Grand Théâtre de Bordeaux, le 1er février 2019 - Photo (c) Maitetxu Etcheverria

Opéra Il Barbiere di Siviglia au Grand Théâtre de Bordeaux, le 1er février 2019 – Photo (c) Maitetxu Etcheverria

aussi sérieuse et donc porteuse d’un message. L’argument de la pièce est inspiré par la situation de  » l’École des femmes  » de Molière (elle-même inspirée d’une nouvelle de Paul Scarron,  » La Précaution inutile « , incluse dans ses  » Nouvelles tragi-comiques « , parues de 1655 à 1657). Grâce à son personnage Figaro, il met en avant le descendant de valets de comédie et de personnages de romans picaresques qui incarne le goût de la liberté, l’esprit frondeur, qui dénonce hypocrisies et abus de pouvoir. Il tourne en ridicule la noblesse et oppose la valeur de l’individu au privilège dû à la naissance. Une certaine forme de pamphlet féministe souligne l’héroïsme féminin, la revendication de la liberté pour les femmes, la dénonciation de leur humiliation impardonnable. Ruses, surprises, rebondissements, vivacité du dialogue caractérisent la comédie satirique de Beaumarchais. Il met ainsi les rieurs du côté des partisans de la liberté et annonce sur la scène, la Révolution française.  » Le Barbier de Séville «  fut adapté à 2 reprises pour l’opéra, d’abord par Paisiello en 1782 puis par le prodige italien Gioachino Rossini en 1816 à Rome qui le composera en moins de 3 semaines. Le livret de Sterbini reprend fidèlement le déroulé de l’histoire où dans la vibrante Séville, le comte Almaviva, tombé amoureux d’une jeune orpheline, Rosina, est prêt à tout pour l’arracher à Bartolo, son vieux tuteur, qui a depuis toujours pour projet de l’épouser. Tandis que, déguisé, il tente de mener son projet à bien, il tombe sur son ancien valet Figaro, persifleur mais entremetteur, qui l’aidera dans ses desseins.

Laurent Pelly : une mise en scène poétique visionnaire de génie

Rideau baissé, subtilement décoré d’une simple partition, le spectacle débute de manière académique avec la légendaire ouverture de 7 minutes jouée par l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine emmené avec passion par le directeur général des lieux Marc Minkowsky. Quelle délicieuse surprise lorsque le décor se révèle sur ces sublimes vagues géantes de partitions musicales épurées ! Nous voici projetés dans un espace en noir et blanc qui, loin d’être binaire, nous promet un voyage multi-dimensionnel captivant. Dans son roman  » L’insoutenable légèreté de l’être « , l’écrivain tchèque Milan Kundera  écrit :  » Les vies

Opéra Il Barbiere di Siviglia au Grand Théâtre de Bordeaux, le 1er février 2019 - Photo (c) Maitetxu Etcheverria

Opéra Il Barbiere di Siviglia au Grand Théâtre de Bordeaux, le 1er février 2019 – Photo (c) Maitetxu Etcheverria

humaines sont composées comme une partition musicale « . La puissance de ce décor, au delà de l’évidente résonance avec la musique et le lyrisme, a cet atout de pouvoir être à la fois l’écrin d’un savant jeu de cache-cache, de symboliser un déroulé d’histoire, de permettre des escapades au fil du temps et de devenir un support d’imprégnation d’émotions. Au fil des tableaux, les protagonistes se servent de ce support pour une prestation théâtralisée de haut vol brisant toute possible lassitude d’un livret qui peut s’avérer répétitif. Cet angle d’approche de la farce, tout en restant léger, préserve définitivement du grotesque. Ainsi mis en valeur, l’expressionnisme exacerbé des protagonistes est jubilatoire. La scénographie tourbillonnante ruissèle de douce folie teintée d’un brin de surréalisme. Un délicat rideau de cordes musicales en va-et-vient vertical emprisonne et libère tour à tour personnages et sentiments. On se délecte des yeux écarquillés, de la gestuelle exagérée, des clins d’oeil aux chorégraphies des comédies musicales du Broadway des années 40 ou 50, de cette garde espagnole avec des pupitres en guise d’armes. Le statisme n’est jamais passif et la profusion nullement en débordement. Laurent Pelly peut également se féliciter du choix judicieux de ces costumes en total anachronisme qui apportent puissance et relief à la prestation offrant à chaque artiste une vraie singularité. Du reste, chaque interprète campe avec brio le rôle imparti. Le baryton Florian Sempey incarne Figaro avec une maîtrise et un charisme impressionnants

Bande annonce vidéo de  » Il Barbiere di Siviglia « , Rossini au Théâtre des Champs-Elysées (6 décembre 2017) :

en version  » bad boy tatoué  » et relève avec brio le défi du rythme endiablé des joutes vocales, la mezzo-soprano Miriam Albano est plus que crédible pour interpréter la naïve énamourée Rosina qui s’enflamme pour le comte Amalviva servi avec talent par le ténor Levy Strauss Sekgapane, véritable caméléon au fil de ses déguisements (avec une mention spéciale pour cette apparition en soldat ivre version commando-camouflage hollywoodien). Le baryton-basse Carlo Lepore se révèle sublime dans le rôle du détestable Bartolo. Aubert Fenoy, absolument glaçant dans son rôle parfait d’Ambrogio le notaire, semble tout droit sorti de l’univers années 20 des bandes dessinées  » Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-sec » de Jacques Tardi. Quand à la mezzo-soprano Julie Pasturaud, elle irradie définitivement, irrésistible de comique et de virtuosité dans son rôle de Berta, femme de chambre largement extravertie. Au final, cet ensemble hétéroclite se rejoint en parfait équilibre telles les pièces d’un puzzle savamment réunies et chacun forme un ‘tout’ en osmose. Le chaos s’harmonise en réelle alchimie sur les portées d’une oeuvre magistralement orchestrée.

Voici donc une adaptation délicieusement rafraîchissante et dynamisante pour une comédie d’intrigue qui a su généré de larges sourires. L’audience conquise s’est levée pour ovationner cette première appréciée à la hauteur du mérite de tous ses acteurs.  

Il Barbiere di Siviglia de Gioachino Rossini

Prochaines dates de représentation au Grand Théâtre de Bordeaux :

– Lundi 04 février 2019 à 20h00
– Mardi 05 février 2019 à 20h00
– Mercredi 06 février 2019 à 20h00
– Jeudi 07 février 2019 à 20h00
– Vendredi 08 février 2019 à 20h00
– Lundi 11 février 2019 à 20h00
– Mardi 12 février 2019 à 20h00
– Mercredi 13 février 2019 à 20h00

Informations et réservations  sur le site officiel de l’Opéra National de Bordeaux : https://www.opera-bordeaux.com/

Grand Théâtre de Bordeaux – Place de la Comédie, 33025 Bordeaux cedex

Accès :
– En voiture : parking Tourny et parking Bourse-Jean Jaurès – Offre privilège pour les clients de l’Opéra – Forfait soirée de 6 € dès 19h00 sur présentation du billet du spectacle à l’accueil du parking
– En tramway : ligne B arrêt Grand-Théâtre et ligne C, arrêt Quinconces 

 

 

 

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