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Ce que nous ferons : le théâtre au futur

Le Glob Théâtre de Bordeaux accueillait samedi soir la compagnie Du chien dans les dents pour sa dernière création :  » Ce que nous ferons « , un spectacle qui fait feu de tout bois – théâtre, musique, danse, chant – et qui entreprend de donner à notre avenir, individuel ou collectif, une forme sensible.

Qu’on les raconte à nos proches autour d’un verre ou dans les pages d’un roman, nos histoires s’écrivent le plus souvent au passé. Comment s’y prendre pour renverser la perspective et parler de nos vies au futur ?

De gauche à droite, Brice Lagenèbre, Anaïs Virlouvet, Bergamote Claus, Lætitia Andrieu et Thomas Groulade – Photo © Pierre Planchenault
De gauche à droite, Brice Lagenèbre, Anaïs Virlouvet, Bergamote Claus, Lætitia Andrieu et Thomas Groulade – Photo © Pierre Planchenault

Écriture collective et écriture de plateau

À l’origine de ce projet, Du chien dans les dents est un jeune collectif bordelais composé de Bergamote Claus, Thomas Groulade et Anaïs Virlouvet. Formé à la mise en scène et à la scénographie à l’université de Bordeaux 3, il présente une forte appétence pour l’expérimentation scénique, comme le suggèrent ses premières créations. Pour l’occasion, le collectif s’associe à Lætitia Andrieu et à Brice Lagenèbre – qui avaient déjà collaboré à État sauvage – dans une démarche d’écriture de plateau. Le théâtre, Artaud le disait déjà en 1938 dans Le Théâtre et son double, peut être autre chose qu’un processus unilatéralement orienté de la trace écrite à la représentation, assujettissant la scène au texte. L’écriture de plateau recouvre un ensemble de pratiques qui permettent des allers et retours entre mise en scène et texte, par exemple en demandant aux acteurs de définir leur rôle, avant de faire converger leurs propositions. Cette approche facilite une écriture à plusieurs mains, destinée, explique l’introduction au spectacle, à  » construire une prise de parole collective et poétique « . En l’occurrence, l’interrogation initiale porte sur les potentialités dont nous sommes les véhicules, individuellement et collectivement, sachant  » que nos désirs portent nos risques et que nos risques portent peut-être nos réalités de demain « .

Écrire au futur de l’intuitif

Le dialogue des cochenilles : "Tu crois que les cochenilles deviennent des copapillons ?" – Photo © Pierre Planchenault
Le dialogue des cochenilles :  » Tu crois que les cochenilles deviennent des copapillons ? «  – Photo © Pierre Planchenault

Avec Ce que nous ferons, Il ne faut donc pas espérer une intrigue ficelée ou des personnages au cordeau. Là n’est pas le propos. Entre les murs quasi nus du Glob Théâtre, la mise en scène est sobre : une table, une chemise cartonnée, quelques panneaux de signalisation pour filer la métaphore récurrente de la route. Elle doit permettre la germination libre de récits biographiques, parfois chantés, parfois dansés, toujours fragmentés et entrecroisés, où se mêlent dans des proportions incertaines biographie et fiction, souvenir et fantasme, enracinement dans le passé et projection dans l’avenir avec pour ambition, dit Anaïs Virlouvet sur scène, de produire  » un inventaire de 2018, un mode d’emploi, pour faire mémoire « . Cette liberté des genres et des formes n’est donc pas réductible à une simple recherche formelle. Mais s’il est bien question de nos angoisses contemporaines – manipulations génétiques, réchauffement climatique, malbouffe… – Ce que nous ferons n’est pas non plus un plaidoyer sous-tendu par une idéologie. En témoignent la malice avec laquelle un certain novlangue (celui qui remâche les notions de  » réseau « , d’ » interdépendance « , de  » participation « , etc.) est tourné en dérision, ainsi qu’un goût prononcé pour l’absurde qui décourage toute tentative/tentation de récupération. Si ce spectacle n’est pas exempt, tant s’en faut, d’angoisse, de malaise, de détresse, c’est qu’il atteste d’une époque devenue incapable de se définir à force d’auto-analyse, d’un monde que sa crise identitaire paralyse alors même qu’il court à la catastrophe. C’est pourquoi un théâtre de mobilisation devient nécessaire, c’est pourquoi, dit le collectif, il faut entreprendre de  » regarder le monde qui nous entoure et en témoigner, sans être écrasés par notre sentiment d’impuissance « .

Est-ce un hasard ? Les récits au futur qui nous sont les plus familiers sont les horoscopes et les apocalypses. Ce que nous ferons est une proposition pour sortir de la sidération pour  » tenter ensemble l’élaboration d’un projet commun « , nous est-il dit au début du spectacle, parce que, conclut-il,  » Dans un certain futur, ça ne finit pas « .

 » Ce que nous ferons  » au Glob Théâtre

Bergamote Claus et Lætitia Andrieu chorégraphient leur longue chute – Photo © Pierre Planchenault
Bergamote Claus et Lætitia Andrieu chorégraphient leur longue chute – Photo © Pierre Planchenault

Écriture collective de et avec : Lætitia Andrieu, Bergamote Claus, Thomas Groulade, Brice Lagenèbre, Anaïs Virlouvet
Création sonore : Thomas Sillard
Création lumière : Denis Louis assisté de Delphine Vive
Régie son : Thomas Sillard en alternance avec Benoît Labau
Costumes : Marion Bourdil
Regard chorégraphique : Emma Carpe
Durée : 1h20
Tarif normal : 16 € – tarif réduit : 10 € – Tarif super réduit : 6 €
Prochaines représentations : suivez le lien

Glob Théâtre

69 rue Joséphine, 33300 Bordeaux
05 56 69 85 13
https://www.globtheatre.net/
https://www.facebook.com/globtheatrebordeaux/
https://www.instagram.com/globtheatre/

Compagnie Du chien dans les dents

14 rue des douves, 33800 Bordeaux
http://duchiendanslesdents.com/
cieduchiendanslesdents@gmail.com
https://www.facebook.com/Cie-Du-Chien-dans-les-Dents-339271979449186/